Le problème d’infiltration ou la révélation de tout le talent de Christian Bégin

On a eu la chance d’aller voir Le problème d’infiltration en première mondiale la semaine dernière dans le cadre du festival Fantasia. Le film, présenté en présence du réalisateur Robert Morin et l’acteur Christian Bégin, raconte une journée dans la vie d’un chirurgien esthétique qui se consacre à soigner les grands brûlés. Celui qui pourrait avoir une vie de rêve avec sa femme aimante, sa maison luxueuse et son portefeuille bien rempli est cependant de plus en plus rongé par un problème d’infiltration d’eau chez lui…

Christian Bégin, qui interprète le Dr Louis Richard, brille plus que jamais dans ce long-métrage qui prendra l’affiche le 25 août. C’est qu’on le connaît bien comme animateur, mais il faut avouer qu’on a rarement vu Christian Bégin dans un rôle dramatique. Or, il s’agit de tout un personnage. Alors qu’il est au départ victime de la situation et que l’on compatit pour le médecin, l’acteur a un jeu plus doux, plus effacé. Malgré la situation stressante dans laquelle il se retrouve dès le début du film, c’est tout en subtilité que l’on comprend son angoisse. Par contre, plus l’histoire avance, plus on découvre le monstre qu’est le docteur et plus le jeu du comédien se durcit. Les sentiments qu’il transmet en viennent à prendre toute la place, au point de transcender l’écran. Vraiment, on découvre maintenant toute l’étendue du talent de l’acteur.

Fait cocasse : c’est d’abord à François Papineau que le réalisateur avait proposé le rôle du chirurgien, offre qu’il avait déclinée. Présent dans la salle le soir de la première, le comédien a dit qu’il s’agissait d’une des meilleures décisions de sa carrière, à voir à quel point Christian Bégin a bien incarné le personnage. Il faut dire que la scène où l’animateur de Curieux Bégin est derrière les fourneaux et se met à paniquer parce que son vin est bouchonné n’aurait certainement pas eu le même humour noir si un autre acteur avait été choisi.

S’inspirant du cinéma expressionniste allemand des années 20, Robert Morin nous conduit dans un film de plus en plus sombre, de plus en plus oppressant qui est parfaitement appuyé par le jeu de Christian Bégin. L’éclairage en constant mouvement rend l’atmosphère étouffée et anxiogène tout en durcissant les traits du personnage principal au fur et à mesure que l’histoire se déploie. Mais la véritable prouesse technique de ce grand film est certainement l’usage constant du plan-séquence. On en dénombre six ou sept qui, mis bout à bout, constituent les 90 minutes du long-métrage. Et la caméra est loin de ne faire que de petits aller-retour : on tourne en rond autour du Dr. Richard alors qu’il est dans sa voiture, on descend ou monte les étages de la maison dans un mouvement étourdissant, on assiste à une conversation aux images déroutantes dans la brume de la douche…

Questionné à propos de son choix d’utiliser le plan-séquence alors qu’il s’agit d’un moyen qui n’existait pas dans les années 1920, Robert Morin a expliqué qu’il s’agissait, à son sens, d’une manière de fermer davantage le cadre. Le maquillage et les éclairages sont, dans le cinéma expressionniste, des méthodes pour limiter l’espace et les personnages, créant ainsi ce sentiment d’oppression et d’angoisse. Or, le plan-séquence remplit bien lui aussi cette fonction en nous obligeant dans une ligne de temps. Pas fou, et il faut dire que l’effet contribue sans doute au fait que la salle a retenu son souffle tout au long de la projection.

Pour les passionnés de cinéma avec un grand C, ce feel bad movie saura certainement combler votre fascination pour les films expérimentaux. À voir!

 

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Crédit photo: Capture d’écran

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