Le monstre: On peut tous tomber dans les griffes d'un M

Crédit photo: Radio-Canada

C’est à compter d’aujourd’hui que les abonnés de l’Extra d’ICI Tou.tv peuvent dévorer les six épisodes de la série Le monstre, basée sur le livre éponyme d’Ingrid Falaise qui y raconte son passage en enfer, alors qu’elle était une jeune femme victime de violence conjugale.

Le monstre est une histoire annoncée : celle d’une relation amoureuse qui devient destructrice, mais aussi d’une femme qui réussira, au final, à se relever. D’où l’intérêt du montage, qui alterne entre le passé et un certain présent, permettant de savoir dès le départ que cette idylle démolira Sophie, l’alter ego de l’auteure qui est incarnée avec sensibilité et justesse par Rose-Marie Perreault, que nombreux se plairont à découvrir. En sachant toute l’horreur qui l’attend, même la période lune de miel de son couple avec M (excellent et terrifiant Mehdi Meskar) laisse un goût aigre-doux.

L’auteure et comédienne est directement impliquée dans la série, qui met en image le cauchemar qu’elle a vécu plus jeune. C’est à elle qu’a été confiée la narration, comme dans le bouquin, narration qui ne devient jamais trop lourde, qui reste toujours juste assez ponctuelle pour appuyer certains moments ou, voire, ajouter une touche quasi poétique ici et là. Mais surtout, la voix off d’Ingrid transporte le message que son témoignage veut véhiculer : on peut se sortir de toute cette violence, de tout cet abus.

« Ceci est mon histoire [...] et peut-être même la vôtre », lance d’ailleurs la narratrice dès la première scène, qui tourne rapidement à la violence. L’appel aux victimes est direct et on nous rappelle dès l’introduction que n’importe qui peut tomber sous les griffes d’un monstre.

Parce que s’il y a parfois certains points communs entre les victimes ou entre les agresseurs, l’histoire d’Ingrid montre bien que ce cycle de violence peut arriver à tout le monde. Sophie a un avenir prometteur, elle vient d’une famille aisée et aimante qui tente d’agir par tous les moyens qu’elle connaît. Mais l’impuissance des proches, spécialement des parents (joués par Macha Limonchik et Jean-François Pichette), est toujours difficile à voir, que ce soit dans des cas de violence conjugale comme ici, d’exploitation sexuelle comme dans Fugueuse, de maladie ou de tout autre drame où on se sent incapable d’aider.

Les parallèles à faire avec la série de Michelle Allen qui a été présentée à TVA l’hiver dernier sont nombreux. La stratégie de diffusion, d’abord sur la plateforme payante de Radio-Canada puis à la télévision, fera peut-être que le buzz entourant la série sera moins soudain et généralisé, mais la puissance du message est sensiblement la même.

Un point fort de Le monstre, c’est qu’on voit parfaitement comment se déploie la violence conjugale. Ce qui commence par une histoire d’amour dégénère plus ou moins rapidement, d’abord avec des excès de colère qui inquiètent la victime, ensuite avec des premières agressions humiliantes. S’en suivent les justifications de l’agresseur qui se fait pardonner, réussissant à attirer la compassion de sa proie qui cherche à l’aider. Et ça recommence, de pire en pire. Une fois ce pattern bien installé, difficile de rester rationnel, et la pauvre Sophie devra s’enfoncer bien loin avant de réussir à sortir sa tête de l’eau.

Si vous êtes victime de violence conjugale, contactez SOS violence conjugale au 1 800 363-9010.

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