Ingrid Falaise veut sauver des vies avec la série Le Monstre

Crédit photo: Benoît Vermette

Les médias étaient conviés à une visite du plateau de la série Le Monstre, qui sera diffusé en 2019 sur ICI Tou.tv avant d'être à l'antenne d'ICI Radio-Canada plus tard dans l'année. Basée sur le premier tome éponyme écrit par Ingrid Falaise, qui y raconte sa propre histoire, ainsi que sur le début de sa suite, l'émission abordera bien entendu la violence conjugale, un sujet-choc brodé dans une histoire qui va en émouvoir plus d'un.

L'auteure et comédienne s'était faite approchée à plusieurs reprises pour porter son ouvrage à l'écran, mais c'est sa rencontre avec Charles Laforune et Mario Clément, qui produisent la série, qui l'aura convaincue. Ça, et son envie de sauver des vies. « J'avais envie d'aller fracasser le silence de l'ultime façon, nous dit-elle d'entrée de jeu. Quand on vit de la violence conjugale, on est très isolés. C'est difficile d'être sensibilisé, de même comprendre qu'on vit de la violence conjugale. Souvent, on ne le sait même pas. Cette série-là sert à ça, à rentrer dans le salon des gens pis à sauver une vie. Aller sauver la petite Ingrid qui est assise dans son salon pis qui le sait pas qu'elle vit ça. » Même son de cloche chez Rose-Marie Perreault, la jeune actrice qui a été choisie pour incarner Sophie, l'atler-ego d'Ingrid dans ses livres comme dans la série. « On a tous quelqu'un en tête qui nous rappelle un peu cette histoire-là, donc je pense que ça peut faire du bien aux gens de se faire raconter une histoire comme celle-là pis ça peut envoyer de l'espoir quant à la rémission suite à une suite d'événements aussi tragiques », explique celle qu'on a notamment pu voir dans Les faux tatouages.

La rencontre entre les deux femmes a été touchante pour l'une comme pour l'autre. « J'ai demandé à la rencontrer parce que j'ai été consultée pour la choisir. C'était important parce qu'elle m'incarne, je vais devoir vivre avec elle pour le restant de mes jours. C'est once in a lifetime que quelqu'un t'incarne à la télévision, pis qui incarne ce pan de vie-là qui est lourd, qui est chargé d'émotions, raconte celle qui est aujourd'hui mariée et maman d'un petit garçon, preuve que le bonheur peut suivre à la violence. On a passé une heure ensemble, on a pleuré, on a parlé, on s'est racontées. Elle m'a posé des questions et je suis allée jusqu'où je pouvais aller en lui racontant tout ce que je pouvais lui raconter. » Rose-Marie renchérit dans le même sens : « Je pense que, pour Ingrid, c'est très symbolique. La première fois qu'on s'est rencontrée, elle est rentrée dans la pièce et elle m'a vue pis je l'ai vue et les deux on avait les larmes aux yeux. Il y avait de quoi de super bizarre. À travers ce rôle-là, je veux bien la représenter. Je veux pas qu'elle soit déçue. C'est gros pour elle de me laisser avec toute son histoire. » Elle n'a heureusement pas à s'en faire, puisqu'Ingrid nous a glissé que son interprète fait un « travail remarquable ».

Il faut dire que la comédienne, au début de la vingtaine, s'est bien préparée pour se glisser dans la peau de Sophie. « Je me suis renseignée un peu sur les pervers narcissiques et ce genre de relations-là, mais pas trop parce que je ne voulais pas que ça devienne didactique », nous dit-elle, ajoutant avoir beaucoup lu et avoir rencontré des intervenantes en violence conjugale. Le défi du rôle, c'est aussi que l'histoire se déroule sur trois ans, l'actrice devant donc s'expliquer les actions de son personnage face à la manipulation qu'il a vécu pendant toutes ces années : « C'était de justifier chacun de ses choix, parce que Sophie c'est une fille éduquée, elle a grandi dans une bonne famille, c'est une fille brillante, c'est pas ça l'enjeu. Quand on est en amour, on est tous un peu plus fragiles et elle est en amour par-dessus la tête. » Et bien sûr, qui dit préparation dit la lecture des livres d'Ingrid Falaise, dont Rose-Marie souligne avec justesse tout le courage.

Le tournage n'est pas sans heurt pour l'une et l'autre. Pour celle qui l'a vécu, c'est une façon de se replonger dans les pires moments de sa vie. « Ça vient brasser des choses aussi parce que je regarde tous les rushs, exprime l'auteure. Charles Lafortune vient tout juste de me montrer la bande-annonce; c'est ma vie que je vois à l'écran. L'écrire c'est une chose; la voir jouer, je me rends compte de l'ampleur de ce que j'ai vécu et de l'ampleur de ce que c'est la violence conjugale. » Pour celle qui le joue, il faut mettre une certaine distance avec le rôle, histoire de bien dormir la nuit : « Il y a certaines scènes où il faut qu'on se rappelle constamment que c'est du jeu parce que sinon ça devient un peu troublant. Il y a une séquence un peu longue de violence qu'on a tournée la semaine passée pis, à un moment donné, j'ai fait : ''Ayoye, c'est vrai. Ça arrive ce genre d'événement-là''. » C'est logique, puisque c'est ce même besoin de distance qui explique pourquoi Ingrid Falaise s'est appelée Sophie dans ses livres.

C'est pour le mois de mars que Le Monstre, scénarisé par l'auteure et amie d'Ingrid Chantal Cadieux, est attendu en ligne. Mais déjà, on évoque la possibilité d'une deuxième saison. « Il y a place à peut-être faire une suite pour montrer toute cette reconstruction-là, qui a été longue, qui a été ardue, mais aujourd'hui je vais tellement bien, confie celle qui a vécu le pire. Le fait de briser le silence, par l'écriture, par les conférences, ça change une vie, ça enlève toutes les boules d'émotions desquelles on était prisonnière. Là, la série, c'est l'ultime façon. Je me suis libérée de tout ça, ça fait du bien et c'est ce que je souhaite aux gens qui ont vécu un drame, c'est d'en parler. »

En parler. Ce sont des mots clés pour toutes les victimes, comme le rappelle Rose-Marie : « Aller chercher de l'aide. Les intervenantes avec qui j'ai parlé sont tellement douces et réconfortantes, pas dans le jugement. Même si c'est aller chercher de l'aide juste pour en parler, ça peut faire du bien. Il y a SOS violence conjugale, c'est 24/7, super confidentiel et les femmes sont là pour ça. » Ingrid, quant à elle, nous a répété les paroles puissantes qu'elle prononce aux milliers de femmes qui vivent de la violence conjugale et qui s'adressent à elle : « Je leur dis : ''C'est pas de ta faute, tu n'as pas à avoir honte, marche la tête haute, les épaules fières et ça repousse, des ailes. C'est possible d'être heureuse après avoir vécu l'enfer.'' »

 

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